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Vous arrivez sur un site, et avant même de lire la première ligne, une fenêtre vous demande d’accepter, de refuser ou de « personnaliser » des cookies. Vous cliquez sur n’importe quoi pour la faire disparaître, et vous recommencez sur le site suivant. Cette bannière est devenue le symbole d’un web qui agace. Pourtant, elle n’est obligatoire que dans un cas précis : quand le site dépose des traceurs qui ne sont pas indispensables. Sur tulipemedia.com, j’ai fait le choix inverse : pas de traceur inutile, donc pas de bannière. Voici pourquoi, et comment.

Pourquoi tout le monde a sa bannière ?

La règle vient de la directive européenne ePrivacy, transposée en France à l’article 82 de la loi Informatique et Libertés : un site ne peut pas déposer de cookie ou de traceur sur l’appareil d’un visiteur sans son accord, sauf si ce traceur est strictement nécessaire au fonctionnement du site. Depuis le RGPD, ce consentement doit être libre, éclairé et aussi simple à refuser qu’à donner. La CNIL a précisé tout ça dans ses lignes directrices, et elle ne plaisante plus : le 1er septembre 2025, elle a infligé 325 millions d’euros d’amende à Google et 150 millions à Shein, notamment pour des cookies publicitaires déposés sans consentement valable.

Mais soyons lucides : la plupart des petits sites n’ont pas de bannière parce qu’ils ont réfléchi à leurs traceurs. Ils en ont une parce qu’ils ont installé, souvent sans y penser, des outils qui en déposent : Google Analytics, un pixel Facebook, une vidéo YouTube, une carte, un widget de chat ou de réservation. Le thème ou l’agence ajoute alors une extension de consentement, et la bannière s’affiche par réflexe. On empile des outils, puis on empile une bannière pour s’excuser de les avoir empilés.

Une bannière que presque personne ne lit

Le principe était louable : redonner la main aux internautes sur leurs données. Dans les faits, c’est raté. Selon le rapport 2026 de Didomi, l’un des principaux éditeurs de solutions de consentement, seuls 5,4 % des internautes prennent le temps de paramétrer leurs cookies. Les autres cliquent sur le bouton qui fait disparaître la fenêtre le plus vite possible.

On appelle ça la fatigue du consentement. Une fenêtre qui s’affiche sur chaque site, à chaque visite ou presque, finit par ne plus être lue du tout. Le consentement censé être « éclairé » devient un réflexe. Et pendant ce temps, l’expérience se dégrade : sur mobile, la bannière masque souvent la moitié de l’écran, au moment précis où le visiteur cherchait une information.

Comparaison de deux smartphones : à gauche, une bannière cookies masque la moitié de l'écran d'un site vitrine ; à droite, le même site sans bannière, entièrement lisible
Le même site sur mobile, avec et sans bannière cookies.

Et demain, la bannière va-t-elle disparaître ?

L’Europe a reconnu le problème. Le 19 novembre 2025, la Commission européenne a présenté son « Digital Omnibus », un paquet de simplification qui touche aussi aux cookies. La mesure phare : permettre à chacun d’exprimer ses choix une fois pour toutes dans son navigateur, qui les transmettrait automatiquement aux sites. Plus besoin de répondre à chaque bannière.

Sauf que cette mesure a été retirée par le Conseil de l’Union européenne, qui réunit les États membres. Selon Leto, plusieurs États, dont la France et l’Allemagne, ont demandé sa suppression, sur fond d’intense lobbying de Google. D’après le texte de négociation du Conseil d’octobre 2026, rapporté par PPC Land, il reste quelques avancées :

  • un refus possible en un seul clic ;
  • l’interdiction de redemander le consentement pendant au moins quatre mois après un refus ;
  • de nouvelles exemptions, dont la mesure d’audience propre au site, à condition qu’elle reste agrégée et anonyme.

Le Parlement européen n’a pas encore arrêté sa position, les négociations finales n’ont pas commencé, et un délai de mise en application suivra. En somme, la bannière a encore de beaux jours devant elle, et il faudra sans doute attendre plusieurs années pour voir un vrai changement.

 

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Pourquoi pas un seul réglage pour tout Internet ?

C’est la question que tout le monde se pose. Si je refuse le pistage publicitaire, pourquoi devrais-je le répéter sur des milliers de sites ? Un réglage unique, dans le navigateur, serait à mes yeux la solution de bon sens. L’idée n’est d’ailleurs pas nouvelle : le signal « Do Not Track » existait déjà il y a plus de dix ans, mais faute d’obligation légale, les sites l’ont tout simplement ignoré. En Californie, un signal équivalent, le « Global Privacy Control », est aujourd’hui reconnu par la loi.

Si l’Europe recule, c’est que l’enjeu est économique. Un refus global, exprimé une fois, ferait chuter mécaniquement le taux de consentement, et donc les revenus de la publicité ciblée. Les autorités de protection des données européennes et plusieurs associations réclament le retour de ce signal. On verra qui l’emporte. En attendant, chaque site peut faire son propre choix.

Ma proposition : se passer de bannière

Le raisonnement est simple : la bannière n’est obligatoire que si vous déposez des traceurs qui ne sont pas indispensables. Pas de traceur inutile, pas de consentement à demander, donc pas de bannière. C’est ce que j’ai fait sur tulipemedia.com.

Des cookies utiles aux grandes marques, rarement à un site vitrine

Les traceurs ont une vraie utilité pour ceux qui savent s’en servir. Une grande marque ou un e-commerçant qui investit chaque mois dans la publicité en ligne a besoin de recibler les visiteurs qui n’ont pas acheté, de mesurer finement quelle campagne rapporte quoi, et d’analyser le parcours de ses clients dans le détail. Pour eux, les cookies sont un outil de travail, et la bannière est le prix à payer.

Pour un site vitrine, un artisan, une PME ou un indépendant, c’est rarement le cas. Qui, dans une petite entreprise, ouvre vraiment les rapports détaillés de Google Analytics ? Qui a lancé une campagne de reciblage ? Dans la grande majorité des cas, ces outils ont été installés par défaut, et les données qu’ils collectent ne sont jamais exploitées. Autant s’épargner un besoin qui n’existe pas.

Et c’est faire d’une pierre deux coups. D’un côté, on est plus clément avec l’internaute : on lui épargne une fenêtre intrusive et on respecte sa vie privée. De l’autre, on devient moins dépendant d’outils tiers : moins de scripts venus d’ailleurs qui ralentissent le site, moins de services qui changent leurs règles du jour au lendemain, et des données qui restent chez soi.

Ce que j’ai mis en place

  • Matomo à la place de Google Analytics. J’utilise l’extension Matomo Analytics pour WordPress, un outil de statistiques européen et open source, réglé pour fonctionner sans aucun cookie et avec les adresses IP anonymisées. Les statistiques sont stockées sur mon propre site, pas chez un géant du web. Je sais combien de visiteurs viennent sur quelles pages, et d’où ils arrivent, sans suivre personne d’un site à l’autre.
  • Google Analytics et Site Kit supprimés, jusqu’aux vieux codes de suivi oubliés dans des réglages d’extensions.
  • Aucun pixel publicitaire, ni Facebook ni Google Ads.
  • L’agenda de réservation remplacé par un bouton. Ma page Contact affichait directement l’agenda Google, un contenu tiers qui peut déposer ses propres cookies dès le chargement de la page. C’est maintenant un simple bouton qui ouvre la page de réservation, uniquement quand le visiteur le décide.
  • Les cookies de la boutique conservés. WooCommerce utilise des cookies pour le panier et la commande : ils sont strictement nécessaires au service demandé par le client, donc dispensés de consentement.
Réglages de l'extension Matomo pour WordPress, section Privacy : l'option Disable cookies est activée
Dans l’extension Matomo, un seul interrupteur suffit à désactiver les cookies.

Ce que j’y perds

Soyons honnêtes, il y a un prix. Je ne peux pas faire de reciblage publicitaire auprès des visiteurs de mon site, et mes statistiques sont moins détaillées qu’avec Google Analytics : pas de données démographiques, pas de suivi fin du parcours publicitaire. Pour un site de consultant, c’est largement acceptable. Pour un e-commerçant qui vit de la publicité en ligne, la question se pose différemment.

L’essentiel, lui, reste là : le nombre de visites, les pages vues, le temps passé, la provenance des visiteurs, et leur évolution mois après mois.

Tableau de bord Matomo : graphique de l'évolution des visites mensuelles sur deux ans
Le tableau de bord Matomo, ici sur un autre de mes sites : les visites mois par mois, sans un seul cookie de pistage publicitaire.

Ce que j’y gagne

  • Des visiteurs qui lisent au lieu de chercher le bouton pour fermer une fenêtre.
  • Un site plus léger : moins de scripts tiers, des pages qui s’affichent plus vite.
  • Pas d’extension de consentement à maintenir, ni de bannière à remettre en conformité à chaque évolution des règles.
  • De la cohérence : un consultant qui conseille de simplifier les outils commence par appliquer le conseil chez lui.
Inventaire des traceurs de tulipemedia.com : Google Analytics, Site Kit et l'agenda Google intégré retirés ; restent Matomo sans cookie, les cookies du panier WooCommerce et aucun pixel publicitaire ; résultat, aucune bannière cookies
Le bilan sur tulipemedia.com, en un coup d’œil.
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Je ne suis pas le seul à avoir fait ce choix. En 2020, GitHub, la plateforme de développement de Microsoft, avait annoncé supprimer ses cookies non essentiels, et sa bannière avec. Et des outils de statistiques sans cookie, comme Matomo, Plausible ou Fathom, existent précisément pour ça.

Comment faire sur votre site

Voici la démarche complète, dans l’ordre. Comptez une demi-journée pour un site vitrine classique.

1. Faire l’inventaire de vos traceurs

Ouvrez votre site dans une fenêtre de navigation privée, puis les outils de développement de votre navigateur (clic droit, « Inspecter »). L’onglet « Application » (ou « Stockage » sur Firefox) liste les cookies déposés, l’onglet « Réseau » les services tiers appelés. On est souvent surpris. Cherchez en priorité :

  • les outils de statistiques et de suivi : Google Analytics, Google Tag Manager, Site Kit ;
  • les pixels publicitaires : Meta (Facebook, Instagram), Google Ads, LinkedIn, TikTok ;
  • les contenus intégrés : vidéos YouTube, cartes Google Maps, agendas ou widgets de réservation, chats en ligne ;
  • les polices chargées depuis Google Fonts ;
  • la publicité tierce, si votre site en affiche.

2. Faire le ménage

  • Retirez Google Analytics et compagnie, sans oublier les vieux codes de suivi cachés dans les réglages du thème, d’une extension SEO ou d’une extension d’insertion de code.
  • Traitez les contenus tiers : vidéos YouTube en mode « sans cookie » (youtube-nocookie.com) ou chargées au clic, cartes et agendas remplacés par un simple lien ou bouton, boutons de partage des réseaux sociaux remplacés par de simples liens.
  • Hébergez vos polices de caractères sur votre propre site plutôt que de les charger depuis Google.
  • Gardez ce qui est indispensable : panier, connexion, sécurité. Ces cookies-là sont dispensés de consentement.

3. Installer et régler Matomo

Installez l’extension Matomo Analytics depuis votre tableau de bord WordPress (Extensions, puis Ajouter), activez-la, puis réglez-la ainsi :

  1. Matomo Analytics > Settings > onglet Tracking : choisissez le mode « Auto (recommended) », activez « Disable cookies », réglez la devise sur l’euro, puis enregistrez (Save Changes).
  2. Onglet Privacy & GDPR, lien « Anonymise data and IP addresses » : l’interface de Matomo s’ouvre. Vérifiez que l’anonymisation des adresses IP est active sur 2 octets, répondez « Yes » à « Also use the Anonymized IP addresses when enriching visits », cochez « Force tracking without cookies » et, si vous avez une boutique, « Anonymize Order ID ». Enregistrez avec le bouton Save du bloc.
  3. Sur la même page, bloc « Regularly delete old raw data » : cochez la suppression des données brutes et indiquez 760 jours, soit environ 25 mois, la durée maximale recommandée par la CNIL. Laissez les rapports agrégés : vous gardez ainsi vos statistiques mensuelles et annuelles. Enregistrez.
  4. Rechargez la page pour vérifier que tout est bien enregistré.
Bon à savoir
Pas besoin de créer un compte chez Matomo : l’extension installe le logiciel complet dans votre WordPress, et vous y accédez avec votre compte administrateur. Les statistiques sont stockées dans la base de données de votre site.

4. Informer vos visiteurs

Pas de bannière ne veut pas dire pas d’information. Dans vos mentions légales ou votre politique de confidentialité, ajoutez un paragraphe sur la mesure d’audience. Par exemple :

« La mesure d’audience est réalisée avec Matomo, une solution open source installée directement sur ce site : les statistiques ne sont transmises à aucun tiers. Matomo est configuré sans cookie, avec des adresses IP anonymisées, et ses données ne sont recoupées avec aucun autre traitement, ce qui le dispense de consentement selon les recommandations de la CNIL. Les données sont conservées 25 mois au maximum. Aucun cookie publicitaire n’est déposé. Les cookies techniques strictement nécessaires (panier, session de connexion) ne requièrent pas de consentement. »

5. Supprimer la bannière et vérifier

Une fois le ménage fait, désactivez votre extension de bannière de consentement. Puis refaites le test du début, en navigation privée : il ne doit plus rester que les cookies strictement nécessaires (panier, connexion), et aucun cookie Matomo (ceux qui commencent par « _pk_ »). Le lendemain, vos premières visites doivent apparaître dans le tableau de bord de Matomo.

انتباه
Si vous faites de la publicité en ligne avec du reciblage (pixel Meta, balises Google Ads), ou si vous affichez de la publicité tierce, ces traceurs exigent un consentement : la bannière reste alors obligatoire. Supprimer la bannière sans supprimer les traceurs, c’est s’exposer à une sanction.

Mon intuition, c’est que beaucoup de sites pourraient se passer de bannière du jour au lendemain, simplement parce qu’ils n’utilisent pas vraiment les outils qui la rendent nécessaire. On a installé Google Analytics « pour voir », un pixel « au cas où », et on impose une fenêtre à chaque visiteur pour des données que personne ne regarde.

ماذا كنت سأفعل لو كنت مكانك؟
Avant de chercher la meilleure extension de bannière, demandez-vous de quels traceurs vous avez vraiment besoin. Si la réponse est « je ne sais pas » ou « aucun », c’est le signe que votre site peut s’en passer. Et si vous voulez que je fasse l’inventaire et le ménage pour vous, je m’en occupe.

الأسئلة الشائعة

Un site sans bannière cookies est-il vraiment légal ?

Oui, à condition qu’il ne dépose que des traceurs dispensés de consentement : ceux strictement nécessaires au fonctionnement du site ou au service demandé, et la mesure d’audience configurée dans le cadre de l’exemption de la CNIL. Dès qu’un traceur publicitaire ou de suivi entre en jeu, le consentement redevient obligatoire.

Peut-on mesurer son audience sans cookie ?

Oui. Des outils comme Matomo peuvent fonctionner sans déposer de cookie, ou avec des cookies limités à la mesure d’audience du site, dans le respect des conditions de la CNIL : données agrégées, pas de recoupement avec d’autres traitements, pas de partage avec des tiers. Vous obtenez l’essentiel (visites, pages vues, sources de trafic) sans suivre vos visiteurs.

Et les cookies de ma boutique en ligne ?

Les cookies qui servent au panier, à la connexion du client ou au paiement sont strictement nécessaires au service demandé. Ils ne nécessitent pas de consentement. Pensez simplement à les mentionner dans votre politique de confidentialité.

Faut-il quand même une page sur les cookies ?

Oui. Même sans bannière, vous devez informer vos visiteurs des traceurs utilisés et de leur finalité, en général dans votre politique de confidentialité ou vos mentions légales. Ce n’est pas un avis juridique : pour un cas particulier, l’avis d’un juriste reste la référence.

زياد بشعلاني

المؤلف

زياد بشعلاني

رائد أعمال ومستشار مواقع إلكترونية في باريس. أدرتُ مجموعة من أربعة مطاعم، وأطلقتُ برامجًا لأصحاب المطاعم، ونشرتُ إضافات ووردبريس. أقوم بتصميم مواقع إلكترونية، وأدوات، وأنظمة أتمتة للمستقلين، والشركات، والشركات الصغيرة والمتوسطة.

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